Médium un jour, médium tous les jours (tome 2)

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Extrait du Médium un jour, médium tous les jours, tome 2

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La nuit fut courte, mais tôt le matin, nous étions tous prêts à nous rendre au cimetière Notre- Dame-des-Neiges, encore aujourd’hui, le plus grand cimetière du Canada en superficie, situé juste au pied du Mont-Royal, une montagne magnifique qui se trouve en plein cœur de Montréal. Un membre de la famille Cardinal y a fait l’achat d’un lot dans les années 40, et depuis, bon nombre des membres de la famille y reposent en paix.

Maman m’avait bien signalé l’importance pour elle d’identifier son nom sur une stèle à l’endroit où le cercueil allait être déposé. Elle voulait qu’on se rappelle d’elle(!). Et franchement, ce matin-là, c’était le moindre de mes soucis. J’avais du temps selon moi quelque part au printemps, mais Maman en avait décidé autrement

Il faisait très froid ce dimanche matin-là et plusieurs funérailles avaient eu lieu en même temps, si bien qu’il y avait trois corbillards, en plus de toutes les voitures dans lesquelles se trouvaient  les membres  des familles endeuillées. Bref, il y avait du monde  à la messe (expression bien québécoise)! De plus, comme il s’agit du plus grand et important cimetière de la province, les enterrements se font même pendant la période hivernale, ce qui n’est pas le cas pour plusieurs autres cimetières en région par exemple. Dans ce cas, les urnes ou les cercueils sont entreposés dans des salles prévues à cet effet en attendant que le dégel arrive plus tard au printemps.

Comme nous devions attendre le directeur des funérailles qui semblait fort occupé en ce dimanche matin, voilà que j’eus l’inspiration (et l’intuition) de me rendre au bureau des registres afin de vérifier les procédures pour faire graver le monument, comme l’avait demandé Maman. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que l’on pouvait faire cela sur-le-champ, car non seulement nous avions du temps, mais cela prenait à peine quinze minutes.

Rappelons que de son vivant, Maman aimait bien que les choses soient faites, vite faites et bien faites. Rien ne traînait dans sa vie! J’ai l’intuition que c’est elle qui s’est arrangée pour que tout soit finalisé cette même journée!

Après plus d’une heure d’attente, c’était enfin notre tour. Le corbillard s’installa à la tête du cortège et les voitures l’une à la suite de l’autre s’engagèrent dans le sentier menant à l’espace prévu pour accueillir le cercueil de Maman. Il faisait beau et froid ce matin-là et tout était calme autour de nous (en apparence – hihihi!). Un trou avait été bien creusé dans le sol, et des monticules de neige parsemaient l’espace réservé à la mise en terre. Une dame embauchée par le directeur funéraire s’approcha de nous afin de faire une dernière prière en compagnie des membres de la famille. Je m’entendis dire que je détestais marcher sur les terrains sous lesquels se trouvent des défunts. C’est une sensation que j’ai toujours détestée, depuis ma tendre jeunesse. Bien entendu, vous aurez compris que l’ambiance calme et sereine en apparence était tout autre à mes yeux. Il est courant dans ces instants de voir des défunts curieux accourir vers la scène. C’est comme s’il s’agissait d’un spectacle, ou du moins, une certaine activité au sein du cimetière. Enfin du nouveau! (sourire)

Je tentais du mieux que je pouvais de garder ma concentration et mon attention sur la cérémonie, mais j’étais continuellement touchée par certaines personnes qui s’apercevaient bien que je les voyais et de plus, que je les entendais. La dame, toujours à mes côtés, me rappelait combien calme était un cimetière, et que la quiétude de la prière la remplissait de joie et d’allégresse. Au bout d’un certain moment (qui me parut éternel) je m’adressai à la dame en question, avec un brin d’impatience dans la voix. «Cette paix dont vous parlez n’est pas donnée à tous. Vous faites bien de continuer à prier, certains en ont bien besoin». J’ignore si elle avait compris le sens du message, mais cela m’a permis de me libérer des émotions vécues par tous ces êtres qui nous entouraient, et dont j’étais la seule (de toute évidence) à voir, à entendre et à ressentir.

Pendant tout ce temps, six hommes avaient réussi à sortir le cercueil bleu poudre dans lequel reposait le corps de ma mère et chacun faisait bien attention car la neige sous leurs pieds était glacée. Vous me voyez sûrement venir…

Au moment où chacun se pencha pour placer le cercueil sur le support métallique qui allait le faire descendre dans la fosse, l’un des hommes glissa et seulement la moitié du cercueil fut déposé sur le support.

Si bien qu’une partie du cercueil se trouvait dans le vide. Il y eut un silence parmi nous. Rapidement, les hommes le remirent en place; l’incident était chose du passé. Mais il me semble avoir entendu ma mère crier: «Oh mon Dieu, ne m’échappez pas!».

Je n’étais pas seule à l’avoir imaginé… car tous ceux présents au cimetière ce matin-là ont eu la même réflexion… Pendant une bonne partie de sa vie, Maman est régulièrement tombée, se ramassant souvent les quatre fers en l’air, «embrassant le sol» comme elle aimait bien le dire. Son dernier repos… n’aura pas été si différent (sourire).

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